L’accession d’Ousmane Sonko au pouvoir marque un tournant dans l’histoire politique du Sénégal. Que l’on adhère ou non à ses idées, la victoire écrasante du duo Diomaye-Sonko lors de la dernière élection présidentielle reflète une aspiration profonde des Sénégalais au changement. Ce scrutin, dont la transparence et la légitimité sont incontestables, a scellé la fin d’une ère et ouvert un chapitre nouveau.

La trajectoire de Sonko reste indissociable des années 2021-2024, une période tumultueuse où l’ancien pouvoir a tout tenté pour l’éliminer politiquement. Malgré les manœuvres et les pressions, sa résilience et son ancrage populaire, particulièrement auprès de la jeunesse, ont eu raison des obstacles dressés sur sa route. Aujourd’hui, l’homme qui incarnait l’opposition doit relever un défi autrement plus exigeant : concrétiser les attentes d’un peuple en quête de progrès.

Sonko dispose d’atouts indéniables : une ambition affirmée, une détermination sans faille et une jeunesse mobilisée à ses côtés. Cependant, la réalité du pouvoir est souvent plus complexe que les discours de campagne. Le Sénégal traverse une phase de polarisation accrue, où les débats politiques dégénèrent trop souvent en invectives et en tensions. Sonko, qui dénonçait autrefois un système qu’il jugeait corrompu et autoritaire, doit désormais prouver qu’il peut réformer sans reproduire les travers du passé.

Avec son allié Bassirou Diomaye Faye, il forme un tandem jeune et dynamique, porteur d’un projet de rupture. Leur engagement et leur expérience du terrain sont des atouts majeurs pour redresser le pays. Toutefois, certaines décisions, comme la loi d’amnistie, pourraient raviver les clivages au moment même où le Sénégal aurait besoin d’unité et de sérénité.

Dans cette phase cruciale, l’intérêt national doit primer sur les querelles partisanes. Soutenir un gouvernement qui œuvre en faveur du développement économique, de la justice sociale et de la stabilité démocratique n’est pas une question d’allégeance, mais de patriotisme. Le temps est venu pour tous les acteurs politiques et citoyens de privilégier le dialogue et la construction collective.

Le défi de Sonko et de son équipe est immense, mais le Sénégal a toutes les cartes en main pour réussir sa mue. Reste à savoir si les leçons du passé serviront à bâtir un avenir plus inclusif et prospère.

PAPA MATAR THIOBANE