Le Sénégal vient de franchir une étape clé dans sa bataille contre l’onchocercose, une maladie tropicale négligée provoquée par un parasite transmis par les piqûres de simulies, petites mouches noires des rivières.  Réunis à Saly-Portudal pour la quatrième session du comité national et international d’experts, les acteurs du Programme national d’élimination ont adopté une feuille de route ambitieuse pour parvenir à éradiquer la transmission d’ici 2026.

La priorité affichée est claire. Elle est de maintenir et de renforcer la surveillance entomologique jusqu’en janvier 2026. Pour cela, le nombre de points de capture de simulies sera augmenté, notamment autour de Banda Kogouta (région de Kédougou) et Yamoussa, afin de détecter toute trace résiduelle de transmission.  Les analyses, assurées par le laboratoire régional ESPEN, s’appuieront sur des techniques de pointe comme le POM 150 et l’IPCR, capables de repérer l’ADN du parasite à des niveaux extrêmement faibles.

Le docteur Didier Bakajika,  point focal en charge de l’onchocercose Oms du bureau régional Afrique,  basé à Brazzaville et le docteur Amadou Moustapha Diop, directeur de la lutte et vice-président du comité des experts internationaux et nationaux contre l’onchocercose et la filariose lymphatique ont rappelé que l’adhésion des populations est essentielle pour éviter toute résurgence.

Des campagnes de sensibilisation seront conduites dans les villages riverains. Sur le plan sanitaire, des enquêtes épidémiologiques et sérologiques viseront au moins 3 000 enfants âgés de 5 à 9 ans dans chaque zone de transmission. Ces données permettront de confirmer que le parasite ne circule plus, même chez les plus jeunes générations.

Coopération régionale et analyses génétiques

La lutte contre l’onchocercose ne connaît pas de frontières. Un mémorandum d’entente doit être signé d’ici mars 2026 avec la Guinée, le Mali et la Guinée-Bissau pour harmoniser les actions et éviter les réintroductions de la maladie par les zones frontalières. En parallèle, des analyses moléculaires et des séquençages seront réalisés d’ici décembre 2025 pour identifier l’origine des éventuelles infections, avec comparaison aux données de la biobanque régionale. Pour rester à la pointe, les techniciens de laboratoire sénégalais bénéficieront, d’ici avril 2026, de formations sur les nouvelles techniques moléculaires. Les autorités sanitaires comptent également intensifier le plaidoyer pour mobiliser davantage de ressources domestiques consacrées aux maladies tropicales négligées (MTN), afin d’assurer la pérennité des acquis.

Valoriser les avancées scientifiques

Les experts préconisent la publication des résultats dans les réseaux scientifiques internationaux, à travers des travaux documentant la cartographie des zones, l’arrêt des traitements et la surveillance post-intervention. La finalisation du dossier national de demande d’élimination de l’onchocercose auprès de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) constitue une étape décisive. Selon les données présentées lors de cette rencontre, le Sénégal est sur la bonne trajectoire : dans les bassins de la Gambie et de la Falémée, les indices entomologiques sont déjà inférieurs aux seuils recommandés par l’OMS. Après plusieurs décennies de lutte dans les huit districts endémiques des régions de Tambacounda, Kolda et Dugu, certaines zones ont pu arrêter les traitements et sont désormais en phase de surveillance post-thérapeutique, qui dure trois ans. À l’échelle régionale, un premier pays d’Afrique de l’Ouest a déjà été validé par l’OMS pour l’élimination de la transmission de l’onchocercose. Le Sénégal pourrait être le prochain à décrocher cette reconnaissance, devenant ainsi le deuxième de la sous-région à atteindre cet objectif.

Des succès qui balisent la route vers le dernier kilomètre

 La dynamique actuelle est aussi portée par d’autres réussites : en juillet 2025, l’OMS a validé l’élimination du trachome comme problème de santé publique au Sénégal. Cette victoire témoigne de la capacité du pays à mener des campagnes efficaces contre les maladies tropicales négligées, grâce à une combinaison de rigueur scientifique, de mobilisation communautaire et de coopération internationale. La phase finale vers l’élimination de l’onchocercose sera décisive. Le maintien d’une surveillance rigoureuse, l’implication des communautés et la coordination avec les pays voisins seront déterminants pour que, d’ici 2026, le Sénégal rejoigne le cercle restreint des pays officiellement libérés de cette maladie invalidante.