Depuis une semaine, une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok, alimente une vive polémique à Kédougou. Filmée lors de l’inauguration d’une mosquée dans le quartier Kongori, elle montre des individus appelant à rebaptiser la localité « Darou Salam ». Une initiative qui a suscité une forte indignation, particulièrement au sein de la communauté bassari, attachée à l’histoire et à la symbolique du nom « Kongori ».
Face à cette situation, la communauté bassari a tenu un point de presse ce samedi 11 avril 2026 pour dénoncer ce qu’elle considère comme une tentative d’effacement de son histoire et de son identité culturelle. Pour ses représentants, le nom Kongori rend hommage à une femme bassari en situation de handicap qui, dans les années 1950-1960, s’est distinguée par son courage en s’installant dans cette zone alors inhabitée, qu’elle a contribué à valoriser par son travail agricole.
Prenant la parole au nom des sages, Samuel Boubane a exprimé l’indignation générale : « Cette vidéo a choqué toutes les communautés, qu’il s’agisse des Bédik, Koniagui, Djalonké ou Malinké. Nous y voyons une forme de stigmatisation, voire de racisme. Pourquoi vouloir effacer le nom Kongori, qui fait partie intégrante de notre histoire ? » Il a également rappelé que très peu de lieux portent des noms de femmes dans la commune, soulignant que préserver le nom Kongori serait une victoire symbolique pour toutes les femmes.
De son côté, Arthure Boubane, président de l’Association des jeunes bassari, a dénoncé une initiative « malsaine » ayant déjà provoqué tensions et incompréhensions. « Sur quelle base veut-on changer le nom de Kongori en Darou Salam ? Kongori était une femme brave, qui a affronté la brousse pour nourrir sa famille. Ce quartier porte son héritage », a-t-il déclaré. Il a précisé que des correspondances ont été adressées aux autorités administratives, notamment le préfet, le maire et le commissariat, afin de garantir le maintien du nom.
Dans le même élan, Thomas Bounama Mané, président de l’Association des minorités ethniques, s’exprimant au nom des communautés Bédik, Djalonké, Bassari et Koniagui, a plaidé pour le dialogue. « Kongori fut l’une des premières habitantes de ce quartier. Nous avons trouvé ce nom en venant nous installer ici. Il est chargé d’histoire. On ne peut pas le changer de manière unilatérale. Le dialogue doit être privilégié entre les communautés, avec l’implication des autorités compétentes », a-t-il insisté.
Pour Penda Boubane, membre de la communauté bassari, cette affaire est d’autant plus préoccupante qu’elle est survenue dans un contexte religieux. « L’islam est une religion de paix qui valorise les efforts, notamment ceux des femmes. Kongori était une femme digne, courageuse, qui n’a jamais tendu la main. Vouloir effacer son nom est une injustice », a-t-elle affirmé. Elle appelle les autorités à valoriser la mémoire de cette figure historique locale, allant jusqu’à proposer que son histoire soit enseignée dans les écoles.
Même son de cloche chez les habitants du quartier. Adja Camara dénonce « un manque de respect et de considération » envers une communauté et une histoire profondément enracinée.
Alors que la polémique continue d’enfler, aussi bien en ligne que dans la ville, la communauté bassari reste ferme : le quartier Kongori doit conserver son nom. Elle interpelle l’État afin que des mesures idoines soient prises pour préserver la cohésion sociale et éviter toute escalade. Un rassemblement est d’ailleurs prévu ce mercredi au domicile de Kongori, symbole d’une mobilisation grandissante autour de cette question sensible.
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