Au Mali, une polémique ne cesse de s’enfler après la publication en France d’articles remettant en cause la qualification terroriste du Front de Libération de l’Azawad (FLA). Ce groupe est pourtant accusé d’avoir participé, le 25 avril dernier, à des attaques coordonnées aux côtés du GSIM – une organisation jihadiste reconnue – ayant visé des positions militaires et des civils. En pleine période de deuil national, ce traitement médiatique est perçu par l’opinion publique malienne comme une tentative de banalisation de violences répétées, d’autant que la France est accusée d’être restée discrète sur le plan humanitaire tout en offrant une large tribune aux représentants du FLA.

L’expert en sécurité Souleymane Amzat dénonce une stratégie délibérée : selon lui, la France, consciente de ne plus pouvoir influencer l’Alliance des États du Sahel (AES), chercherait à restaurer son influence régionale en soutenant activement certains groupes armés, que ce soit par des livraisons d’armes ou par une campagne médiatique visant à redorer l’image du FLA. Parallèlement, des soupçons d’ingérence étrangère persistent, les attaques récentes dépassant, selon plusieurs observateurs, les capacités logistiques de groupes armés isolés.

Face à cette situation, les autorités de l’AES, notamment le président du Niger, dénoncent une stratégie de déstabilisation ciblant les pays ayant choisi de rompre avec les anciennes logiques d’exploitation économique. Entre complaisance médiatique, accusations d’ingérence et crise de confiance grandissante, un fossé profond se creuse entre une large frange de l’opinion sahélienne et la France.

Fatou Sall