Après le retentissant dossier du lutteur « Bébé Diène », un nouveau scandale secoue l’administration sénégalaise. Cette fois, c’est en Casamance qu’un important réseau de production de fausses identités vient d’être démantelé, révèle L’Observateur. Les enquêteurs de l’antenne régionale de la Direction nationale de la lutte contre la fraude (DNIT) ont interpellé sept personnes, déférées devant le procureur de Ziguinchor. Elles sont poursuivies pour « association de malfaiteurs », « faux et usage de faux » et « obtention indue de documents administratifs ».
L’enquête a mis au jour une véritable usine à faux documents, active dans plusieurs collectivités locales, dont Kaour, Niaguis, Ziguinchor, Enampore et Djouloulou. Sur place, les autorités ont saisi des centaines de données d’état civil fictives, ainsi que de faux certificats de nationalité et de faux casiers judiciaires. Ces derniers portaient frauduleusement les en-têtes du Tribunal de grande instance de Ziguinchor et des tribunaux d’instance de Bignona et d’Oussouye.
Le fonctionnement du réseau rappelle celui démantelé à Wakhinane-Nimzatt : les faussaires utilisaient des cahiers de brouillon servant de « registres parallèles ». Ils procédaient à des insertions d’actes après la clôture officielle des registres et exploitaient les espaces laissés vides pour créer toutes pièces de nouvelles identités. Ces faux documents étaient vendus entre 6 000 et 250 000 FCFA, selon la complexité des modifications demandées et la nationalité du client.
Figure centrale du dispositif, un démarcheur basé à Ziguinchor, identifié comme Jean-Luc Mamadou Corréa, est présenté par l’enquête comme l’organisateur principal. Il collaborait avec plusieurs agents municipaux et responsables de centres d’état civil. Entendus, la plupart d’entre eux ont reconnu les faits.
L’affaire a débuté lors d’un contrôle de routine au poste de Cantène. Une ressortissante bissau-guinéenne, trouvée en possession de documents suspects établis au nom de la mairie de Kaour, a fini par avouer. Ses déclarations ont permis aux enquêteurs de remonter pas à pas toute la chaîne de complicité. Selon les premières constatations, les bénéficiaires de ces faux actes sont majoritairement des étrangers cherchant à obtenir illicitement la nationalité sénégalaise. L’enquête se poursuit pour identifier d’éventuelles ramifications au sein des greffes et d’autres services administratifs, précise le quotidien du Groupe Futurs Médias.
Fatou Sall
