La situation des mutuelles de santé communautaires au Sénégal est devenue très préoccupante. Après plus de 38 ans d’investissement, ces structures ont permis de couvrir plus de 4,5 millions de personnes en 2022. Pourtant, elles sont aujourd’hui confrontées à une asphyxie programmée par l’État à travers plusieurs défaillances : vide juridique (non-application d’un règlement de l’UEMOA depuis 2009), vide institutionnel (absence d’organisme public de gestion), absence des mutuelles dans les cahiers de charge gouvernementaux et absence d’une direction ou d’un programme dédié à la mutualité sociale.
L’État accumule également des impayés considérables. Il devait plus de 30 milliards de FCFA aux mutuelles au titre de la prise en charge de ménages bénéficiaires de bourses de sécurité familiale et de détenteurs de la carte d’égalité des chances. Un accord pour un forfait de 5 milliards a été conclu le 12 août 2024, mais 20 mois après, ce montant n’est toujours pas payé. De plus, les quotes-parts de l’État pour les factures de soins des années 2024 et 2025 restent impayées, malgré plusieurs réclamations auprès de l’Agence de la CSU et du ministère de tutelle.
Par ailleurs, l’État a mis à l’écart les mutuelles dans la mise en œuvre du programme de Couverture Sanitaire Universelle (CSU). Une convention de délégation signée le 10 septembre 2025 avec l’Agence de la CSU n’a jamais été exécutée. À la place, l’Agence mène une campagne hostile contre les mutuelles, leur déniant toute prérogative dans le programme. Depuis fin 2023, l’État n’appuie plus les populations adhérant aux mutuelles, qui ne survivent qu’avec les 3 500 FCFA versés par les ménages pour payer les prestataires.
Face à cette stratégie d’étranglement qui combine impayés, exclusion et campagne de déstabilisation auprès des prestataires, les auteurs alertent les plus hautes autorités. Ils demandent des mesures claires pour garantir l’épanouissement des mutuelles, ou à défaut, une clarification si le nouveau régime a choisi une politique sans mutuelle. L’opinion nationale et internationale est appelée à prendre connaissance de cette volonté politique assumée, dont les objectifs seront détaillés ultérieurement.
Fatou sall
