Réunis lundi à Thiès, agriculteurs, chercheurs et représentants de communautés locales ont braqué les projecteurs sur un levier trop souvent négligé : les savoirs traditionnels. Leur objectif ? Renforcer la résilience des systèmes alimentaires face aux crises multiples.
Cette rencontre a offert une plateforme d’échanges autour des pratiques locales et des connaissances héritées des ancêtres. Semences conservées de génération en génération, observation des cycles climatiques, techniques agro-pastorales adaptées aux sols, méthodes de transformation des récoltes… Autant de richesses capables, selon les participants, de répondre aux défis alimentaires contemporains.
Car le constat est sans appel : dans les zones rurales africaines, les systèmes alimentaires sont soumis à une pression croissante – dérèglement climatique, érosion des ressources naturelles, bouleversements socio-économiques et volatilité des marchés. Résultat : la capacité des populations à produire, transformer et consommer durablement des aliments sains s’en trouve gravement affaiblie.
Face à ces chocs, les acteurs réunis à Thiès plaident pour des systèmes alimentaires plus robustes, capables de résister, de s’adapter et de se transformer. Trois leviers majeurs ont été identifiés : la diversification des cultures, la gestion durable des ressources, et surtout – pierre angulaire du débat – la valorisation des savoirs locaux.
« Les connaissances traditionnelles sont un trésor vivant. Elles incarnent une compréhension intime des écosystèmes, forgée par des décennies d’expérience et de transmission orale », ont martelé plusieurs intervenants.
Les discussions ont mis en lumière des pratiques concrètes : gestion raisonnée de l’eau et des sols, conservation paysanne des semences, adaptation des calendriers culturaux, transformation alimentaire sans intrants chimiques, ou encore lecture des signes naturels pour anticiper la sécheresse ou les inondations.
Au-delà de leur efficacité technique, ces savoirs jouent un rôle clé dans la préservation de la biodiversité, la diversité nutritionnelle et la solidarité des communautés. Ils participent aussi à sauvegarder les identités culturelles et les habitudes alimentaires locales, souvent plus saines et durables.
Pourtant, amère ironie, les participants ont déploré que ces trésors soient largement ignorés par les politiques publiques, les programmes de développement et même la recherche agronomique. « Les approches modernes nous vendent souvent des solutions standardisées, déconnectées des réalités du terrain », ont-ils regretté.
En conclusion, l’assemblée a lancé un appel clair : mieux reconnaître ces savoirs, les documenter sans les figer, et surtout les transmettre aux jeunes générations. Une condition indispensable, selon eux, pour bâtir des systèmes alimentaires réellement durables et résilients.
FATOUMATA SALL
