Les professionnels de la pêche, artisans comme industriels, ont obtenu un répit après une réunion tendue de plus de quatre heures à la Primature. Le projet d’attribution de nouvelles licences pour la pêche démersale côtière est suspendu, en attendant des évaluations scientifiques plus poussées.


Initialement prévue sous la présidence du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo, la rencontre a finalement été dirigée par son Directeur de cabinet, aux côtés de la nouvelle ministre des Pêches et de l’Économie maritime, Amy Mara Dièye, récemment nommée en remplacement du Dr Fatou Diouf. Selon L’Observateur, la tension était à son comble autour de la table, où se côtoyaient industriels, pêcheurs artisans, mareyeurs et représentants de l’administration.


Toutes les organisations présentes ont rejeté en bloc le projet, dénonçant une menace pour des ressources halieutiques déjà fragilisées et pour vingt ans d’efforts de conservation. Ibrahima Mar, représentant du Réseau national des Conseils locaux de pêche artisanale (CLPA), a insisté sur l’enjeu national : « La ressource est nationale. Elle ne concerne pas uniquement les industriels, les pêcheurs ou les mareyeurs, mais aussi les consommateurs et toute la population sénégalaise. » Il a également mis en garde contre un effet domino sur l’écosystème marin : « Ce ne sont pas des espèces séparées. Elles vivent ensemble. Si on menace l’une, on menace les autres. »


Les données du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT) confirment cette alerte : plusieurs espèces sont surexploitées ou menacées, et l’écosystème est jugé fragile. Selon les acteurs du secteur, « les scientifiques du CRODT n’ont jamais recommandé l’ouverture de nouvelles possibilités d’exploitation », se contentant de constater l’existence d’un stock résiduel.


Au-delà de l’urgence écologique, les professionnels ont rappelé les risques de sanctions internationales. Le Sénégal étant toujours sous la menace d’un « carton jaune » de l’Union européenne, l’obtention d’un « carton rouge » aurait, selon eux, des conséquences « extrêmement lourdes pour le pays ».


Face à ces arguments, les autorités ont décidé de suspendre temporairement toute nouvelle attribution de licences, en attendant une évaluation scientifique approfondie. Les procédures déjà engagées pourront néanmoins suivre leur cours administratif. Une nouvelle réunion doit déterminer la décision finale. Si les acteurs de la pêche artisanale saluent un premier acquis, ils restent prudents.

« Pour le moment, ce sont des paroles. Nous attendons désormais que les actes suivent », a prévenu Ibrahima Mar, cité par le quotidien du Groupe futurs médias.

FATOUMATA SALL