Depuis plusieurs années, les autorités sénégalaises multiplient les discours et les réformes annoncées pour redonner toute sa place à l’enseignement scientifique. Pourtant, les chiffres montrent une réalité bien différente : les filières scientifiques continuent de perdre du terrain, malgré les ambitions affichées par les gouvernements successifs.
L’alerte n’est pourtant pas nouvelle. En 2017, lors d’un atelier de réflexion sur le baccalauréat organisé à Saint-Louis, des spécialistes avertissaient déjà que les séries littéraires représentaient près de 80 % des candidats, contre seulement 66 % en 2001. Ils prévoyaient même qu’à ce rythme, les filières scientifiques pourraient quasiment disparaître dans les prochaines décennies.
Neuf ans plus tard, les statistiques semblent confirmer cette inquiétude. Selon les données de l’Office du baccalauréat, les candidats des filières scientifiques ne représentent plus que 15,55 % des effectifs en 2026, soit une baisse de 4,5 points par rapport à 2017.
La situation est encore plus préoccupante pour la série S1, considérée comme la filière d’excellence en mathématiques et sciences physiques. Alors qu’elle regroupait environ 20 % des candidats dans les années 1960, elle ne représentait plus que 0,5 % dans les années 2010.
Pourtant, les recommandations n’ont jamais manqué. Dès 2013, la Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur insistait sur la nécessité d’encourager les jeunes à s’orienter vers les sciences, la technologie, l’ingénierie et les mathématiques (STEM). Les Assises nationales de l’éducation de 2014 ont repris les mêmes orientations, tout comme l’Agenda national de transformation de l’enseignement supérieur (ANTESRI) en 2025.
Plus récemment, lors du Conseil des ministres du 1er avril 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko a demandé une profonde réforme des mécanismes d’orientation afin de mieux valoriser les séries scientifiques et techniques. L’objectif annoncé est de faire passer, en cinq ans, la part des candidats dans les filières techniques de 2,07 % à 15 %.
Avant lui, le régime de Macky Sall s’était fixé une autre ambition : porter la proportion des élèves en filières scientifiques à 30 %. Cet objectif n’a jamais été atteint. Au contraire, les statistiques montrent une diminution progressive des effectifs.
Ce contraste entre les engagements politiques et les résultats nourrit les interrogations. Malgré les changements de gouvernements, de ministres et de politiques éducatives, aucune rupture significative n’a permis d’enrayer le recul des sciences dans le système scolaire sénégalais.
Plusieurs questions restent ainsi posées. Pourquoi les élèves se détournent-ils toujours des filières scientifiques ? Les dispositifs d’orientation sont-ils réellement adaptés ? Le manque d’enseignants spécialisés, les difficultés en mathématiques dès le collège ou encore les débouchés perçus expliquent-ils cette désaffection ?
Au-delà des statistiques, c’est l’ensemble du système éducatif qui semble peiner à se transformer. Plusieurs réformes annoncées au fil des années sont restées inachevées. L’introduction des enseignements inspirés de Cheikh Anta Diop, promise sous le régime précédent, n’a jamais véritablement vu le jour. L’intégration des langues nationales dans les apprentissages progresse lentement. Quant à la réforme globale de l’école promise par les nouvelles autorités, elle tarde encore à produire des changements visibles.
Depuis plus de quarante ans, les concertations, assises et consultations sur l’éducation se succèdent. Si elles ont permis de nombreuses recommandations, elles ont rarement débouché sur une transformation profonde du système.
Pendant ce temps, l’école sénégalaise continue d’être critiquée pour son inadéquation avec les besoins du marché de l’emploi. Le pays manque de techniciens, d’ingénieurs, d’ouvriers qualifiés et de professionnels des métiers industriels, alors que de nombreux diplômés peinent toujours à trouver un emploi correspondant à leur formation.
Face à cette réalité, la relance des filières scientifiques apparaît désormais comme un enjeu stratégique pour l’avenir du Sénégal. Reste à savoir si les nouvelles réformes annoncées permettront enfin de transformer les intentions en résultats concrets.
MATHIAS
