Elles sont rares, mais leur impact est immense. Des femmes qui ne cherchent ni les projecteurs ni les honneurs, mais qui, dans l’ombre des bilans et des stratégies, tissent la trame d’un Sénégal nouveau. Parmi elles, Awa Gning incarne cette génération silencieuse mais déterminée, celle qui a roulé sa bosse sur les marchés financiers les plus exigeants du monde — Paris, New York, le Moyen-Orient — et qui a choisi, en toute lucidité, de poser ses valises à Dakar.

Son histoire n’est pas un simple retour aux sources. C’est une boucle logique, presque une évidence pour celle qui a toujours pensé que l’excellence n’a de sens que si elle est partagée. « Revenir au Sénégal n’est pas un renoncement, confie-t-elle avec une douceur désarmante. C’est la suite naturelle de mon chemin. Je veux que ce que j’ai appris là-bas serve ici, à mon pays. »

Une experte du risque formée au sommet

Analyste du risque de crédit, Awa Gning a passé plus de cinq ans à scruter les équilibres fragiles de la finance internationale. Banque d’investissement, gestion des risques, conformité réglementaire : elle manie les outils les plus pointus — Power BI, Spotfire, Bloomberg — avec la précision d’une cheffe d’orchestre. Son regard aiguisé sur les portefeuilles financiers et sa capacité à évaluer les contreparties font d’elle une stratège de premier plan.

Mais ce qui la distingue, c’est sa vision : celle d’une diaspora qui ne se contente plus d’envoyer de l’argent au pays, mais qui rapporte surtout son savoir-faire. « Nous avons cette responsabilité, explique-t-elle, de faire fructifier ici ce que nous avons appris ailleurs. »

Un parcours académique sans faille

Tout a commencé au Sénégal, où elle décroche son baccalauréat avec mention de Major. Puis direction la France, l’Université Paris Descartes pour une Licence en Finance et Banque, et enfin Paris 1 Panthéon-Sorbonne pour un Master en Finance (2020-2022). Déjà, elle s’engage dans des associations pour l’égalité des chances, comme si la rigueur et la générosité allaient de pair.

« Très tôt, j’ai compris que le travail était le seul passeport qui ne s’use pas, glisse-t-elle. C’est une leçon que je n’ai jamais oubliée. »

Ses débuts professionnels ? Des banques d’investissement prestigieuses à Paris : Natixis, le groupe BPCE, où elle se forge une première expérience en analyse de crédit. Puis l’appel de New York, à la Société Générale, au sein de l’Inspection Générale et de l’audit. Enfin, le Moyen-Orient, à la National Bank of Kuwait. À chaque étape, elle est confrontée à des dossiers sensibles, des comités de crédit exigeants, des décisions lourdes de conséquences. « Défendre un dossier devant une direction générale, c’est un exercice qui vous apprend tout : la rigueur, la clarté, et le courage de vos analyses. »

Celle qu’on n’oublie pas

À la Sorbonne, une ancienne camarade se souvient encore de son aura tranquille : « Awa impressionnait par sa discipline. Elle ne trichait jamais sur l’effort. Et elle avait cette maturité précoce qui forçait le respect. » À New York, un ancien collègue de Société Générale abonde : « Dans les moments de tension, c’était elle qu’on appelait. Elle ne se dérobait jamais. »

Un leadership féminin qui ne renonce à rien

Pour Awa, être une femme leader, ce n’est pas seulement accéder à des postes de pouvoir. C’est ouvrir des chemins, tracer des pistes pour celles qui suivent. « Le leadership féminin, c’est inspirer par l’exemple, créer des espaces où d’autres osent, grandissent et s’affirment. »

Elle refuse catégoriquement le dilemme trop souvent imposé aux femmes : choisir entre carrière, vie familiale et épanouissement personnel. Épouse, mère et professionnelle accomplie, elle assume ces multiples casquettes avec une énergie contagieuse. « Chaque rôle m’enrichit. L’organisation, l’empathie, la vision à long terme… tout cela nourrit mon leadership. »

Une vie simple, ancrée et lumineuse

Derrière la financière aguerrie se cache une femme discrète, généreuse, qui aime voyager, lire, cuisiner. Et qui pratique le Pilates et le yoga pour garder cet équilibre précieux, en famille, loin des écrans et des marchés.

Aujourd’hui installée à Dakar, Awa Gning est bien plus qu’une experte de la finance. Elle est le visage d’une diaspora qui revient, non pas pour se poser, mais pour construire. Comme le dit une de ses collaboratrices : « Son retour est une chance pour le Sénégal. Elle a le regard international, mais le cœur ancré ici. »

MATHIAS