L’échéance approche. En 2027, le Franc CFA devrait laisser place à l’Eco, cette nouvelle monnaie unique censée incarner la renaissance économique de l’Afrique de l’Ouest. Mais pour l’économiste Pape Demba Thiam, ancien de la Banque mondiale, ce grand chambardement risque de n’être qu’un écran de fumée si on ne change pas profondément la donne.
Dans un entretien au quotidien L’Observateur, il balance sans détour : le débat ne doit pas se résumer à un simple changement de sigle. « Ce n’est ni une affaire d’idéologie, ni une question bureaucratique », tranche-t-il. Ce qui compte, c’est de savoir si cette nouvelle monnaie saura vraiment irriguer l’économie réelle. Pas celle des chiffres abstraits, mais celle des ateliers, des champs et des petits commerces.
Car le vrai défi, c’est le secteur informel. Il représente entre 70 et 90 % de nos économies, rappelle-t-il. Une masse invisible mais gigantesque, qui échappe encore aux circuits classiques du crédit et de la finance. Pour lui, l’Eco doit être repensée comme un outil de proximité : un levier capable de financer des chaînes de valeur, de soutenir la transformation industrielle, de créer des emplois concrets.
« Il faut rapprocher la monnaie des circuits productifs », insiste-t-il. Autrement dit, arrêter de voir la monnaie comme un simple étalon de valeur, et la concevoir comme un moteur de développement. Et d’ajouter, avec une pointe de réalisme : un pays qui n’est pas prêt à faire ce travail de fond, tu peux lui donner l’Eco, le dollar ou le yuan, il n’en fera rien. Rien.
L’économiste met aussi en garde : le Sénégal, qui assure actuellement la présidence de la CEDEAO, a une responsabilité historique. Il tient « la main mise sur les orientations politiques » des quatre prochaines années. Une position de force, mais aussi un devoir : celui de se doter d’une vraie expertise pour piloter ce changement, et ne pas se contenter d’une réforme de façade.
En clair : l’Eco, c’est bien. Mais si elle n’est pas accompagnée d’une vision claire et d’outils concrets, elle ne sera qu’un joli nom sur un billet. Le message est passé. Reste à savoir si les décideurs l’entendront.
MATHIAS
