Dans quelques semaines, la cité religieuse de Popenguine s’apprêtera à vivre un nouveau temps fort. Du 23 au 25 mai 2026, des milliers de pèlerins catholiques, venus de tout le Sénégal et de pays voisins, convergeront vers ce sanctuaire côtier situé à une soixantaine de kilomètres de Dakar. Chants, prières et processions rythmeront ce grand rassemblement spirituel, considéré comme l’un des plus importants pour les catholiques d’Afrique de l’Ouest. Pour cette 138e édition placée sous le thème : « Sois sans crainte Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu », le diocèse de Ziguinchor est mis à l’honneur. La messe solennelle sera présidée par Monseigneur Jean-Baptiste Valter Manga, tandis que l’animation musicale et liturgique reviendra à la coordination des chorales de ce même diocèse.
L’histoire du pèlerinage marial de Popenguine remonte aux racines mêmes de l’Église catholique au Sénégal. La première édition a eu lieu le 22 mai 1888, sous l’impulsion de Mgr Mathurin Picarda, alors vicaire apostolique de Sénégambie. Son objectif : créer un lieu de dévotion à la Vierge Marie dans cette modeste localité côtière. Ce premier rassemblement donna officiellement naissance au sanctuaire, qui n’a cessé depuis d’attirer les fidèles. Au fil des décennies, le pèlerinage s’est imposé comme un événement incontournable de la vie spirituelle sénégalaise, mais aussi comme un puissant symbole de dialogue interreligieux et de vivre-ensemble. Chaque année, à la Pentecôte, la foule se presse au sanctuaire pour prier, se confier à la Vierge et partager un moment de communion intense.
Si les messes et veillées rythment ces journées, c’est la marche pèlerine qui reste l’un des gestes les plus forts et les plus emblématiques. Lancée officiellement à grande échelle en 1981 par le colonel feu Pierre Faye, cette démarche spirituelle ne comptait au départ que 52 marcheurs, sur les traces de Mgr Picarda. Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes y participent. Des fidèles des diocèses de Dakar, Thiès, Kaolack, Saint-Louis, Ziguinchor, Kolda et Tambacounda parcourent des kilomètres à pied, souvent depuis Dakar, Thiès ou Mbour, dans un esprit de prière, de sacrifice et de fraternité. Les jeunes, regroupés par délégations diocésaines, vivent ce chemin comme une montée vers la purification, un chemin de croix volontaire avant d’atteindre le sanctuaire. Cette tradition donne au pèlerinage sa dimension populaire et communautaire : la foi s’y incarne dans l’effort physique et le partage.
Dans une sous-région parfois secouée par les tensions, l’Église invite cette année encore les fidèles à prier ardemment pour la paix au Sénégal et dans les pays voisins. À Notre-Dame de Popenguine, ils confient leurs espoirs de stabilité et de concorde. 138 ans après sa création, le pèlerinage demeure ce rendez-vous d’espérance et de dialogue, où chaque pas vers le sanctuaire rappelle le chemin de tout un peuple vers l’unité.
FATOUMATA SALL
