Dans le texte reproduit ci-dessous, l’écrivain sénégalais renvoie dos-à-dos le président de la République et le président de l’Assemblée nationale, dénonçant leurs querelles stériles.
« Ce mandat, je regrette de le dire, est déjà quasi-perdu. Il est trop enlisé dans la vase des egos pour repartir dans la direction politique la plus efficace, la plus juste, la plus humble, la plus travailleuse », décrète-t-il, « un peu consterné et triste ».
« Ce que j’observe depuis quelques mois au sommet de l’État sénégalais relève bien de la politique, mais de la veine la plus boulevardière qui soit ; et j’en rirais sans frein si je ne me rappelais que ce mauvais théâtre produit des effets concrets et consternants sur un pays, son peuple, son économie, sa crédibilité. Tout me paraît médiocre et sans hauteur. Tout me paraît surtout, et c’est le plus dramatique, sans imagination.
Oui aux circonstances atténuantes, oui au campisme, oui à la patience : c’est la politique. Mais il faut pouvoir dire aussi que le pays continue de hoqueter à force d’avaler, chaque jour, une nouvelle couleuvre. Il faut bien que quelqu’un soit responsable. Je veux bien prendre ma part. Mais les autres ? Que diront ceux qui ont le pouvoir ?
Ce mandat est déjà quasi-perdu. Jusqu’au bout, je crains qu’il ne soit plombé par les révélations, les blocages, les vengeances, les procès et les règlements de compte. Mon impression reste que toute la machine est prise en otage par des individus.
J’avais parlé de gallodrome et de coqs de combat pour décrire les tribulations des deux hommes. Je change d’animal : l’âne. Et j’ajoute ma sentence latine préférée, dont je renverse le sens : Asinus asinum fricat. En wolof : ñu maye bii, te jéem kaa lemmi te jàngat (“mbaam gàtt na, waaye ci jur gi la bokk”).
PS : ceci n’est même pas (encore) une analyse intellectuelle : à peine le regard dépité d’un citoyen un peu consterné et triste. »
FATOUMATA SALL
