Souvent méconnu du grand public, le Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) joue pourtant un rôle central dans la protection des systèmes financiers de la région. Basée à Dakar, cette institution de la CEDEAO veille à renforcer la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les flux financiers illicites.

Créé en décembre 2000 par les chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO, le GIABA est chargé d’accompagner les États membres dans la mise en place de dispositifs efficaces contre la criminalité financière. Son action s’inscrit dans un contexte où les flux illicites, la corruption, les trafics et le financement des groupes armés continuent de représenter une menace pour les économies ouest-africaines.

Chaque année, l’Afrique perd plusieurs dizaines de milliards de dollars à cause des flux financiers illicites, selon différentes estimations internationales. Ces pertes réduisent les recettes publiques, freinent le développement économique et affaiblissent les capacités des États à financer leurs politiques publiques.

À l’image du Groupe d’action financière (GAFI) au niveau mondial, le GIABA évalue régulièrement les mécanismes de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme dans les pays membres de la CEDEAO ainsi qu’aux Comores. Ces évaluations ne se limitent pas aux textes de loi : elles mesurent aussi l’efficacité réelle des enquêtes, du système judiciaire, des cellules de renseignement financier et des établissements bancaires dans la détection des opérations suspectes.

Les conclusions de ces évaluations sont suivies de près par les banques, les investisseurs, les institutions financières internationales et les agences de notation. Un pays jugé insuffisamment préparé peut voir ses relations bancaires compliquées, le coût de ses transactions augmenter et son attractivité économique diminuer.

Le Sénégal en a fait l’expérience lorsqu’il a été inscrit sur la liste grise du GAFI en octobre 2021. Après plusieurs réformes menées par les autorités, la BCEAO et les acteurs du secteur financier, le pays a officiellement quitté cette liste en février 2024, un signal positif pour les investisseurs et les partenaires économiques.

Avec l’essor des paiements numériques et de la monnaie électronique en Afrique de l’Ouest, les enjeux sont encore plus importants. Le développement rapide des transactions financières exige un renforcement permanent des mécanismes de contrôle afin d’empêcher l’utilisation des circuits numériques à des fins de blanchiment ou de financement d’activités criminelles.

Le GIABA intervient également à travers des formations, des missions d’assistance technique et un accompagnement des magistrats, des services d’enquête, des cellules de renseignement financier et des institutions bancaires afin d’améliorer les capacités nationales.

Au-delà de la lutte contre la criminalité financière, le GIABA contribue à renforcer la crédibilité financière des États ouest-africains. Dans un environnement économique mondialisé, disposer d’un système efficace de prévention du blanchiment et du financement du terrorisme est devenu un atout majeur pour attirer les investissements, sécuriser les échanges financiers et favoriser le développement durable de la région.

MATHIAS