Dans une escalade qui marque un nouveau palier dans le conflit, l’Ukraine a porté un coup dur aux infrastructures logistiques russes cette nuit. Deux entrepôts stratégiques, situés à des centaines de kilomètres du front, ont été la cible d’une pluie de drones, faisant au moins huit morts et semant la panique jusqu’aux portes de la capitale.

À Kotovsk, dans l’ouest du pays, l’horreur a frappé un centre de distribution de Wildberries, le géant du commerce en ligne. Sept employés de nuit, pris au piège dans l’enfer des flammes, ont perdu la vie, tandis que 24 autres ont été blessés, selon le gouverneur local, Evguéni Pervychov. Quelques heures plus tard, un autre site de la même enseigne, à Elektrostal, dans la banlieue moscovite, était à son tour ravagé par la chute d’un engin, causant un nouveau mort et 37 blessés.

Mais la matinée a réservé une autre frayeur aux habitants de la région : un dépôt pétrolier à Noginsk s’est embrasé, forçant l’évacuation d’une maternité voisine. « Par mesure de sécurité », ont justifié les autorités, alors qu’une épaisse fumée noire, visible depuis Moscou, s’élevait dans le ciel, attirant colonnes de pompiers et regards inquiets.

Pour la capitale, la nuit a été un véritable barrage aérien. Le maire Sergueï Sobianine a rapporté une tentative d’assaut sans précédent : plus de 370 drones auraient été repérés, dont 64 abattus aux abords mêmes de Moscou. « La plupart ont été interceptés loin de la ville », a-t-il précisé, tentant de rassurer.

Depuis son bureau, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a revendiqué ces frappes en les justifiant : ces deux centres logistiques, situés à plus de 500 et 700 km de la ligne de front, étaient selon lui des rouages essentiels pour l’effort de guerre russe. « Ils servaient à acheminer des composants sous sanctions pour fabriquer des drones et du matériel de navigation », a-t-il déclaré, transformant ces entrepôts en cibles militaires légitimes.

En représailles, la Russie n’a pas relâché sa pression sur le territoire ukrainien. Les bombardements ont fait au moins un mort et trois blessés au cours de la nuit. En mer Noire, le drame a pris une dimension internationale : un cargo battant pavillon d’Antigua-et-Barbuda a été touché, faisant un mort et trois blessés. Par ailleurs, des frappes ont blessé une famille de cinq personnes dans la région de Tchernihiv, un équipage de quatre marins sur un navire sous pavillon des îles Marshall, et un civil à Kherson.

Alors que les deux camps s’enfoncent dans une guerre d’usure où les lignes arrière ne sont plus épargnées, cette nuit sanglante illustre la montée en puissance des drones ukrainiens, capables désormais de frapper au cœur du dispositif russe, jusqu’à faire vaciller la quiétude des grandes métropoles.

MATHIAS