Ce vendredi, dans la salle de réunion de la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER/FJ), l’air était chargé d’émotion et de solennité. Devant les partenaires techniques, les membres du Conseil d’administration et tout le personnel, la Dre Aïssatou Mbodj a passé officiellement le flambeau au Dr Abdoulaye Niane. Une cérémonie sobre, mais marquée par des mots qui resteront.

Un bilan qui parle aux cœurs, pas seulement aux chiffres

Quand Aïssatou Mbodj a pris la parole, elle n’a pas sorti une liste aride de statistiques. Elle a raconté des histoires. « Notre vrai bilan, ce sont des exploitations qui produisent. Des ateliers qui font vivre le savoir-faire sénégalais. Des jeunes qui ont choisi d’entreprendre plutôt que d’attendre. Ou pire, de partir », a-t-elle lancé, la voix vibrante.

Car les chiffres, aussi impressionnants soient-ils, ne disent pas tout. Pendant ses deux ans à la tête de l’institution, ce sont près de 46,98 milliards de francs CFA qui ont été injectés dans l’entrepreneuriat. 54 494 femmes et jeunes ont été accompagnés financièrement, et plus de 107 000 crédits ont été octroyés sur l’ensemble du territoire. Derrière chaque prêt, elle a voulu voir un visage : celui d’une commerçante qui rouvre son échoppe, d’un mécanicien qui agrandit son atelier, d’une agricultrice qui retrouve sa dignité.

Elle a aussi rappelé que la DER/FJ ne s’est pas contentée de Dakar. Avec 46 antennes départementales et 21 espaces de créativité, l’institution a pris racine dans les terroirs. Des programmes comme le PAVIE 2 (107 milliards), les coopératives agricoles communautaires, et surtout le projet Bay Sa Waar ci Senegaal – avec ses 3 000 fermes intégrées dont 50 déjà opérationnelles – ont redonné espoir aux zones rurales. Sans oublier le Fonds Rose, un coup de pouce précieux pour les femmes touchées par le cancer ou en rémission, pour qui l’entrepreneuriat est parfois un chemin de renaissance.

Un chantier, des comptes, et un héritage

Mais l’un des moments les plus forts a concerné le futur siège de la DER/FJ. À son arrivée, le projet était au point mort, avec seulement 16 % d’avancement. Aujourd’hui, elle a annoncé une victoire juridique : « L’intégralité de l’avance de démarrage va être recouvrée. Le processus est lancé. La DER/FJ peut désormais se projeter vers l’inauguration de son siège », a-t-elle déclaré avec fierté.

Puis, une confidence qui a fait sensation : elle laisse plus de 20 milliards de francs CFA dans les comptes de la structure. Une gestion rigoureuse qu’elle a voulu mettre en avant, comme pour dire : « Je pars, mais la maison est solide. »

Avant de céder la place, elle s’est tournée vers ses équipes, celles qu’elle appelle « la mémoire et l’âme » de l’institution. Puis, regardant son successeur droit dans les yeux, elle lui a glissé : « Écoutez ces équipes, monsieur le délégué. Faites-leur confiance. Valorisez leur expertise. Je vous transmets cette maison avec sérénité. »

Ses derniers mots ont suspendu le silence dans la salle : « Ce soir, je quitte cette maison comme le semeur quitte son champ. La main vide, mais le cœur plein… Les fonctions passent. Les décrets s’éteignent. Les serviteurs s’en vont. Mais il y a une chose qu’aucune signature ne donne, qu’aucune signature ne retire : l’honneur d’avoir servi. Le Sénégal m’a tout donné. Moi, j’ai tout donné. Je lui rends aujourd’hui une institution debout, une jeunesse en marche et une parole tenue. »

Abdoulaye Niane : « Continuer, amplifier et mériter la confiance »

À son tour, le Dr Abdoulaye Niane a pris la parole, conscient du poids des responsabilités. Il a d’abord rendu hommage au président de la République, avant de saluer chaleureusement sa prédécesseure et tout le personnel. Connaisseur de la maison pour avoir travaillé avec la BNDE, partenaire stratégique de la DER/FJ, il a promis la continuité : « Nous aurons à cœur de continuer les activités, de les amplifier… Nous venons avec l’espoir de porter les missions encore plus haut et surtout de mériter la confiance du président. »

Il a conclu en appelant tous les Sénégalais à accompagner la dynamique lancée par le chef de l’État, dans une trajectoire de redressement et de développement. Une passation sobre, mais pleine de promesses – et d’émotion.

MATHIAS