Il n’a pas encore posé ses valises dans son nouveau bureau que déjà, Doune Pathé Mbengue affiche ses ambitions. Nommé à la tête du Port de Dakar jeudi dernier, ce haut fonctionnaire de 42 ans ne compte pas faire de la figuration. Pour lui, le principal poumon économique du Sénégal n’a pas à rougir face aux grands ports du continent. Bien au contraire.

« Nous avons la chance d’être le pays le plus avancé sur l’Atlantique. Alors pourquoi ne pas viser le sommet ? » lance-t-il, le regard tourné vers l’horizon. Son credo : fédérer toutes les énergies autour d’un projet commun. Le dialogue, la mobilisation, le travail — les maîtres mots d’un homme qui sait que les grandes transformations ne se font pas seules.

Un pur produit du terroir

Si son parcours impressionne, il a pourtant des racines bien ancrées. Doune Pathé Mbengue, c’est d’abord un enfant de Cambérène, sa commune natale dont il est devenu le maire en 2022. Mais avant d’être élu, il a été un élève comme les autres : primaire à Seydina Issa Laye, collège à El Hadji Ibrahima Thiaw, lycée aux Parcelles Assainies. Et le bac, il le décroche avec mention en 2003.

Direction ensuite l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, où il obtient une maîtrise en droit public. Puis vient le concours de l’ENA sénégalaise, qu’il réussit haut la main. Deux ans plus tard, le voilà administrateur civil. Un parcours « made in Sénégal », comme il aime à le rappeler.

Le maire bâtisseur

À Cambérène, on ne l’a pas vu venir par hasard. Quand les notables et les autorités religieuses de la cité le choisissent comme maire, ils savent qu’ils misent sur un homme de terrain. Et il ne les a pas déçus.

En quelques années, son empreinte est partout : écoles réhabilitées, centre de santé doté d’un équipement flambant neuf (radiologie numérique, échographie multi-sondes), stade municipal en chantier, terrain Diamalaye aménagé pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse 2026, et même le grand marché communal qui a été repensé. Du concret, du visible, du utile.

Un parcours au cœur de l’État

Mais Doune Pathé Mbengue, c’est aussi un haut fonctionnaire aguerri. Il a commencé sa carrière au ministère des Mines et de l’Industrie, où il s’est frotté aux questions de propriété intellectuelle et d’indications géographiques. Puis il a rejoint l’Économie et les Finances, comme chef du Bureau du contrôle à la Direction du contrôle interne.

C’est toutefois au ministère de l’Intérieur qu’il va véritablement s’imposer. D’abord chef de la Division de l’analyse et de la prospective, puis directeur du Partenariat et des ONG à la Direction générale de l’administration territoriale. Des postes où il apprend à connaître les rouages de l’État, mais aussi ses faiblesses.

L’avocat du Sénégal sur la scène internationale

Un épisode marque particulièrement son passage à l’Intérieur : son rôle dans le dossier du GAFI. En tant que correspondant de la CENTIF, il fait partie du groupe d’experts qui, en septembre 2024 au Cap, a défendu bec et ongles le Sénégal pour le faire sortir de la liste grise. Une bataille discrète mais cruciale, qui a fini par payer.

Aujourd’hui, c’est une autre bataille qui l’attend, plus exposée encore : faire du Port de Dakar un hub de référence en Afrique de l’Ouest. Mission difficile, mais pour un homme qui a déjà prouvé sa capacité à fédérer et à convaincre, le défi semble à sa mesure.

FATOUMATA SALL