Vendredi dernier, à Matam, l’air avait des airs de fête. Mais pas pour n’importe quelle raison : le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, le Dr Cheikh Tidiane Dièye, a officiellement posé la première pierre d’un chantier qui, pour les habitants, relève presque du miracle attendu. Autour de lui, les autorités locales, les élus et les partenaires techniques et financiers étaient réunis pour ce moment qui marque un tournant dans la vie quotidienne de la ville.
Car il faut le dire : la vieille station de traitement d’eau de Matam, construite en 1999 dans le cadre du Projet d’Alimentation en eau potable (AEP) des six centres fluviaux, tire la langue. Avec ses 1600 m³ par jour, elle a donné ce qu’elle avait à donner. Près de trente ans après sa mise en service, elle tourne à plein régime, saturée, incapable de répondre à une demande qui ne cesse de croître.
Alors, pour sortir de l’impasse, l’État a décidé de passer à la vitesse supérieure. Un vaste programme de renforcement, d’un montant global de 3,1 milliards de francs CFA rien que pour la commune de Matam, a été lancé. Financé par l’État avec l’appui de la Banque Ouest-africaine de Développement (BOAD), ce projet s’inscrit dans une vision à long terme. Car pour le ministre, il ne s’agit pas d’un simple pansement : « Sur la base de l’évolution des besoins, les pouvoirs publics ont préconisé des solutions durables à travers un schéma directeur », a-t-il expliqué. Concrètement, la SONES évalue tous les cinq ans la croissance des besoins, définit les infrastructures nécessaires, trouve les financements et lance les travaux. Un processus rodé qui a abouti à ce chantier.
Et les projections sont sans appel : si Matam consomme aujourd’hui 1600 m³ par jour en temps normal (et jusqu’à 2300 m³ en période de forte chaleur), les besoins pourraient atteindre 6200 m³ à l’horizon 2050. Un bond considérable. Pour y faire face, le projet va ajouter 4000 m³ supplémentaires, portant la production globale à 9600 m³ par jour. Côté stockage, un nouveau château d’eau de 1500 m³ va sortir de terre, faisant passer la capacité de stockage de la ville de 250 à 1750 m³ – soit sept fois plus. Et près de 17 kilomètres de canalisations seront renforcés pour arroser les zones jusqu’ici délaissées comme Gourel Deffa 1 et 2, Nawel, Halwar, Gourel Serigne ou encore le quartier derrière le stade.
Le ministre en est bien conscient : traiter et distribuer l’eau potable, ça a un coût. « De gros moyens », a-t-il reconnu. Mais il a tenu à rassurer les populations : l’État reste farouchement attaché au caractère social de l’eau. Pas question que le prix devienne un obstacle pour les plus vulnérables. D’où les mécanismes de branchements sociaux et d’extensions de réseau, qui permettent d’élargir l’accès sans alourdir la facture des ménages modestes. Le projet intègre d’ailleurs ce volet social, avec le lancement de l’initiative « Yoonu Ndox » – un dialogue itinérant de proximité entre la SONES et les communautés – ainsi que « Yaatal ak Yombal », dédiée respectivement aux branchements sociaux et aux extensions.
Autant de promesses concrètes pour que l’eau, source de vie, devienne enfin une réalité durable pour tous à Matam. Le chantier est lancé, les regards sont tournés vers l’horizon 2050 – et vers ce nouveau château d’eau qui, espérons-le, étanchera enfin la soif de toute une ville.
MATHIAS
