Se rafraîchir dans l’océan, un plaisir qui pourrait bien cacher une réalité peu ragoûtante. Alors que les plages dakaroises affichent chaque jour leur monde de baigneurs, une étude scientifique vient jeter un pavé dans la mare. Présentée lors de la Vème Journée scientifique de la sécurité sanitaire des aliments (5J3SA) à Dakar, cette enquête menée par le Laboratoire de traitement des eaux usées (LATEU) de l’IFAN-UCAD, en collaboration avec plusieurs institutions nationales, pointe du doigt une situation préoccupante : nos eaux de baignade sont bien loin des normes.
Pour arriver à ce constat, les chercheurs ont traqué trois bactéries révélatrices d’une contamination fécale – les coliformes fécaux, Escherichia coli et les entérocoques – sur sept stations d’épuration de la région dakaroise et à cinq points de rejet en mer. Verdict : le réseau d’assainissement affiche des niveaux de pollution inquiétants, avec de fortes disparités selon les endroits.
Mais c’est la station d’épuration de Cambérène qui concentre toutes les inquiétudes. Son rendement ? À peine 50 % d’efficacité, avec des réductions logarithmiques comprises entre 0,08 et 0,16 log. En clair, elle élimine tout juste 31,6 % des entérocoques, 30,6 % des coliformes fécaux et seulement 16,7 % d’Escherichia coli. Des chiffres bien trop faibles pour espérer une élimination correcte des bactéries pathogènes. Et ces eaux, qu’elles soient traitées ou non, finissent leur course dans le milieu naturel, contaminant aussi bien les zones de baignade que les cultures maraîchères irriguées à proximité.
Les chiffres donnent le vertige : les concentrations mesurées dans les eaux de baignade dépassent allègrement les seuils réglementaires – plus de 2 000 UFC/100 ml pour les coliformes fécaux, contre 500 autorisées pour E. coli et 200 pour les entérocoques. Autant dire que les baigneurs s’exposent, sans le savoir, à un risque bien réel d’infections d’origine fécale.
Les auteurs de l’étude ne s’arrêtent pas à ce constat alarmant. Ils voient dans ces données une boussole pour l’action : mieux surveiller, identifier les sources de pollution, orienter les travaux de remédiation et améliorer les indicateurs de suivi. Car au-delà de l’alerte sanitaire, c’est aussi la réutilisation des eaux traitées pour l’irrigation qui pourrait s’en trouver compromise.
Cette alerte scientifique tombe d’ailleurs à pic, en écho aux messages de la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments. Les maladies d’origine alimentaire ne sont pas figées : elles évoluent avec le climat, les saisons et nos comportements. Pour les anticiper, une seule boussole fiable : la science. Et un mot d’ordre, rappelé par le slogan de cette édition : « La sécurité sanitaire des aliments est l’affaire de tous. »
Un message qui, pour les plages dakaroises, prend tout son sens.
MATHIAS
