Plus de 300 étudiants originaires de la région de Kédougou, logés dans des immeubles mis à leur disposition à Dakar grâce à l’appui des sociétés minières, se retrouvent dans une situation de plus en plus préoccupante. Depuis 2024, l’Association des élèves et étudiants de Kédougou fait face à d’importantes difficultés financières liées à l’irrégularité, voire à l’absence, des subventions destinées à assurer la gestion, l’entretien et le fonctionnement de ces logements universitaires.
Les sociétés minières concernées sont notamment Sabodala Gold Corporation, Petowal Mining Company et Managem Boto. Ces infrastructures constituent un dispositif essentiel d’accompagnement social pour les jeunes de Kédougou qui poursuivent leurs études supérieures dans la capitale sénégalaise. Leur maintien représente un enjeu majeur pour des centaines de familles dont les ressources ne permettent pas toujours de prendre en charge les frais de logement de leurs enfants à Dakar.
Selon le président de l’Association des élèves et étudiants de Kédougou, Fodé Danfakha, les difficultés persistent depuis 2024, malgré les nombreuses démarches entreprises auprès des sociétés minières et des autorités compétentes. Il déplore notamment le blocage des financements nécessaires au fonctionnement des immeubles et réfute les accusations faisant état d’un manque de transparence dans la gestion de l’association. Il affirme que les rapports d’activités et les pièces justificatives ont régulièrement été transmis à la Direction des Mines, notamment depuis le 9 février 2025.
En 2025, les responsables de l’association auraient été informés que le blocage des financements se situait au niveau du ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines. Une première avancée a été enregistrée en 2026 avec le versement de 4 500 000 FCFA par Petowal Mining Company. Toutefois, cette contribution reste insuffisante, selon les étudiants, qui attendent toujours le décaissement de la deuxième tranche prévue.
Cette situation financière a des répercussions directes sur les conditions de vie des pensionnaires. Faute de moyens suffisants pour assurer l’entretien régulier des immeubles, les conditions d’hygiène et de sécurité se dégradent progressivement. Les étudiants évoquent notamment des difficultés liées à l’assainissement, à l’entretien des installations et à la sécurité des occupants. Une situation qui les expose à des risques sanitaires et compromet leur bien-être au quotidien.
« Imaginez un immeuble qui accueille plus de 300 étudiants sans moyens suffisants pour assurer l’hygiène et l’entretien. Nous sommes exposés à des maladies infectieuses et à des problèmes d’insécurité », alerte Fodé Danfakha. Pour les responsables de l’association, la question dépasse désormais le simple cadre financier et touche directement à la santé, à la dignité et aux conditions de réussite des étudiants.
Dans le but de trouver une solution durable, plusieurs initiatives de médiation ont été engagées avec les autorités administratives. Sous l’ancien directeur des Mines, M. Ibrahima Gassama, des discussions avaient permis d’envisager la signature d’un protocole d’accord tripartite entre les sociétés minières, la Direction des Mines et l’association des étudiants. Selon le président de l’association, le document avait été signé par les représentants des étudiants et l’ancien directeur des Mines. Les sociétés minières avaient toutefois souhaité revoir certaines dispositions avant de procéder à leur signature.
Le départ de M. Gassama vers d’autres fonctions aurait ensuite ralenti le processus. Avec l’arrivée du nouveau directeur des Mines, M. Lamine Diouf, l’association affirme avoir entrepris de nouvelles démarches pour relancer les discussions. Cependant, les sociétés minières auraient finalement fait savoir qu’elles ne pouvaient pas signer le protocole proposé. Les étudiants indiquent également avoir sollicité l’intervention du ministre chargé des Mines et de la Géologie, notamment par l’intermédiaire du ministre de l’Éducation nationale, Moustapha Guirassy, dans l’espoir de parvenir à un règlement définitif de la situation.
Face aux interprétations que pourrait susciter leur mobilisation, les responsables de l’association tiennent également à écarter toute dimension politique de leur démarche. Fodé Danfakha insiste sur le fait que leur combat ne vise aucune personnalité et ne s’inscrit dans aucun camp politique. Il rappelle que l’association a sollicité à plusieurs reprises l’accompagnement des maires, des présidents de conseils départementaux et d’autres autorités locales. Il souligne néanmoins la contribution de 2 millions de FCFA apportée par la mairie de Kédougou, un soutien qu’il tient à saluer. Il précise également qu’à la suite du point de presse organisé par les étudiants, seul le maire Ousmane Silla l’aurait personnellement contacté pour s’enquérir de l’évolution du dossier.
« Nous demandons à la population de Kédougou de ne pas politiser notre lutte. Nous ne défendons aucun intérêt politique. Notre seule préoccupation est de préserver les conditions d’études et de logement des élèves et étudiants de notre région », affirme-t-il.
Le président de l’association dénonce par ailleurs ce qu’il considère comme un paradoxe dans les engagements des sociétés minières envers les communautés locales. Il estime que des procédures et des accords peuvent être rapidement engagés lorsqu’il s’agit de déplacer des villages, des habitations ou des cimetières dans le cadre des activités minières, alors que les financements destinés à soutenir les étudiants tardent à être débloqués.
« Lorsqu’il s’agit de déplacer nos villages et nos cimetières, les sociétés minières sont prêtes à agir et les accords peuvent être signés. Mais lorsqu’il s’agit de débloquer une subvention de 4 500 000 FCFA pour la prise en charge de nos étudiants, on nous demande des protocoles qui, finalement, ne sont pas signés », déplore-t-il.
À travers cette déclaration, l’association interpelle directement les sociétés minières concernées et les invite à prendre leurs responsabilités en honorant leurs engagements. Le président adresse particulièrement un appel aux responsables de Petowal Mining Company et de Managem Boto afin qu’ils contribuent au déblocage des subventions attendues. Il sollicite également l’implication des autorités administratives pour faciliter la conclusion d’un protocole définitif et mettre en place un mécanisme de financement régulier, transparent et durable.
Au-delà des sociétés minières, l’association appelle à une mobilisation générale de la population de Kédougou. Pour ses responsables, la préservation de ces logements ne concerne pas uniquement les étudiants actuellement installés à Dakar, mais l’ensemble des familles de la région. Ces infrastructures représentent une opportunité pour les générations présentes et futures d’accéder à l’enseignement supérieur dans des conditions acceptables.
« Aujourd’hui, si nous perdons ces immeubles et que les subventions ne sont plus versées, ce sont toutes les familles de Kédougou qui seront concernées. Un père de famille qui vit actuellement dans la région peut avoir demain un fils ou une fille qui aura besoin de ces logements pour poursuivre ses études à Dakar. Si ces infrastructures disparaissent, ce sera une véritable catastrophe pour toute la région », prévient Fodé Danfakha.
En définitive, cette situation remet au centre du débat la responsabilité sociale des sociétés minières et la place accordée à l’éducation dans leurs engagements envers les communautés locales. Pour les élèves et étudiants de Kédougou, ces logements ne constituent pas un simple avantage matériel, mais un véritable levier d’égalité des chances et d’accès à l’enseignement supérieur.
L’association affirme rester attachée au dialogue et aux voies démocratiques pour obtenir satisfaction. Elle estime toutefois que la situation ne peut plus durer, alors que plus de 300 étudiants dépendent directement de ces infrastructures pour poursuivre leurs études à Dakar.
Préserver ces logements, garantir leur entretien et assurer la régularité des subventions, c’est aussi préserver l’avenir éducatif de Kédougou. L’enjeu dépasse désormais les seules revendications de l’association : c’est une question de solidarité territoriale, de responsabilité sociale et d’investissement dans la jeunesse de toute une région.
PAR BIG THIO
