Dans le sud-est du Sénégal, la machine agricole se met en branle. Mais à Kédougou, elle tourne au ralenti, avec des moyens qui grincent. Pourtant, Omar Sané, le chef d’antenne de la SODAGRI, refuse de baisser les bras. Il prépare la campagne comme un chef d’orchestre avec peu de musiciens, mais beaucoup de conviction.
Sur le terrain, la réalité est rugueuse. La SODAGRI dispose aujourd’hui de trois tracteurs. Pas un de plus. L’un d’eux est actuellement chez le mécanicien, les deux autres carburent à plein régime pour tenter de répondre à l’appel des champs. « C’est avec eux qu’on va labourer le maïs, l’arachide, les rizières », explique Omar Sané, lucide mais combatif.
Il ne le cache pas : trois engins, c’est bien trop peu pour une région aussi vaste que Kédougou. Les agriculteurs attendent, espèrent, et la demande ne cesse de gonfler. Cette année, les producteurs ont fixé un objectif : emblaver 1 600 hectares. Un chiffre ambitieux, presque un défi. Pour l’instant, 247 hectares ont été labourés. Le chemin est long, le temps presse, et la saison ne fait pas de cadeaux.
Les sollicitations affluent de toutes parts : Tomboronkoto, Fongolimbi, Dindéfélo… Omar Sané promet de se démener. « On va faire de notre mieux », répète-t-il, comme un mantra, même quand il évoque un autre casse-tête : les semences de riz qui manquent cruellement, et des intrants qui tardent à arriver dans certaines zones.
Mais il y a une lueur d’espoir, venue du Japon. La JICA, l’agence de coopération nippone, va soutenir un programme de 50 hectares de riz, qui mobilisera une centaine d’agriculteurs locaux. Une bouffée d’oxygène, mais aussi une promesse de formation. Des riziculteurs de Dar Salam et de Sambangara, dans le département de Salémata, ont déjà pu bénéficier de ces échanges techniques.
Alors oui, la SODAGRI navigue à vue, avec des moyens modestes et des attentes immenses. Mais dans les bureaux comme dans les champs, on refuse de ralentir le pas. Parce qu’ici, à Kédougou, chaque hectare labouré est une victoire, et chaque tracteur qui tousse est encore un espoir qui avance.
MATHIAS
